Ça commence doucement. Un premier fantôme apporte une porte. Les suivants viennent avec des brouettes chargées de briques. Suit un camion, une grue, un éléphant (un éléphant? Mais qu'est ce qu'il fait là, lui, il est tellement gros qu'il ne rentre même pas dans la page?!).

En un instant, un monde se construit, fourmillant de détails qu'on a plaisir à découvrir au fil des lectures. "ah, j'ai compris, c'est une fête foraine" c'est écrié ma cadette "n'importe quoi, y'a pas de manège" a rétorqué ma mouflette. "En tout cas, ils sont tous gentils, surtout le rose" "Bof, celui là a des cornes, comme le diable... Mais quand même, il donne la main à l'ange alors je sais pas..." "C'est la farandole".-5

Ce que j'aime, avec les albums sans texte, c'est qu'ils laissent la place aux enfants qui se sentent alors autorisés à prendre la parole. On peut voir alors le récit se construire dans leurs mots, un délice. Séverin Millet sait construire des images à la fois très lisibles et très riches, il raconte sans mots une grande histoire dans laquelle se nichent plein de petites histoires.

Quand j'étais enfant, la sauce tomate et le fromage avaient toujours regagnés leur place dans le frigo quand j'ouvrais à nouveau la porte. Les fantômes sauront-ils faire disparaître tout ce qu'ils ont construits avant le matin?

diaspora*