Puisque-cest-ca-Extrait.jpgEn nous faisant allègrement traverser la frontière entre réel et imaginaire à plusieurs reprises, Yvan Pommaux  montre à quel point cette ligne est perméable. On peut quitter la réalité parce-qu'on est accaparé par une conversation téléphonique ou par un jeu, on peut la fuir ou chercher à la retrouver. Parfois, elle fait une intrusion dans le jeu, quand par exemple les ouvriers qui repeignent la grille du parc apparaissent dans la jungle (mais ils sont bien vite associés au fantasme des enfants). A l'inverse, la fantaisie s'invite aussi en dehors des moments de jeu. Quand par exemple, le téléphone crache des grenouilles au lieu de sonner.

Les images sont tellement belles qu'on se perd dans leur contemplation, au point parfois d'oublier de les interpréter. C'est au fil des lectures qu'on repère de plus en plus de détails qui font sens. L'auteur joue avec les codes de l'album et de la bande dessinée à la fois. On peut passer d'une image qui se déploie sur la double page, à fond perdu, très immersive, à une succession de petites vignettes quand l'histoire s’accélère brutalement.

La thématique, un peu trop moralisatrice à mon gout, de l'intrusion des portables dans la vie quotidienne, est à mes yeux secondaire. Ce que je retiens de cet album c'est surtout le parallèle entre Norma et sa mère, l'une délaissant son doudou l'autre sa fille. Et puisque Félix et sa mère vivent la même chose, il y a une certaine normalisation de cet abandon. Nul n'est infaillible et les promesses faites en fin d'album (Norma qui assure que plus jamais elle ne maltraitera son doudou et sa mère qui garantit que le téléphone c'est fini) sont probablement vouées à ne pas être tenues. Ce qui n'ôte rien à leur sincérité sur le moment.

Vous pouvez en voir plus sur cette vidéo

Sinon, je suis toujours sur facebook, et un peu sur twitter.
diaspora*