Nous savons qu’il est essentiel de se remettre régulièrement en question pour ne pas tomber uniquement dans des automatismes, nous faisant basculer facilement dans les fameuses douces violences.

Cette prise de recul peut se faire via des documentaires, des cours, des lectures (c’est pour ça que vous lisez ma chronique 😊) mais aussi, sans doute moins connu et évident, grâce aux connaissances évolutives en neurosciences.

En effet, si on ne prend pas en compte le développement psychique de l’enfant comment peut-on le comprendre et l’accompagner au plus juste ?

Nous entendons régulièrement « il veut se faire remarquer », « il ne sait pas attendre », « il ne sait pas gérer ses émotions ». Et bien oui, rien de plus normal, son cerveau n’est pas assez mature pour ces gestions, le petit enfant vit à 200% ce qu’il ressent, de manière presque viscérale, et ne peut que gérer un à un les évènements auxquels il assiste. Nous avons comme réflexe la plupart du temps, de transposer nos capacités aux leurs, sauf que notre cerveau d’adulte est « fini » (enfin pour la plupart d’entre nous :-D). L’emploi de mots trop complexes n’aura aucun sens pour l’enfant, ce sera la posture de l’adulte qui primera sur les paroles. L’enfant sent avant tout les appréhensions de l’adulte.01


Dès la naissance, le bébé peut ressentir 5 émotions : la détresse, la surprise, le contentement, le dégout et l’intérêt. À cela s’ajoute la capacité d’imiter, grâce aux « neurones miroirs ». Le bébé va pouvoir imiter, puis s’approprier les choses et ainsi développer sa conscience de lui et des autres. « L’imitation apprend à faire, et plus même, apprend à être » nous rappelle Jacqueline Nadel.

L’ocytocine libérée à la naissance permet la création et le renforcement du lien affectif mère/enfant, ainsi que la libération des opioïdes : les hormones donnant le sentiment de bien-être. La nature est donc bien faite !

La compréhension du monde qui l’entoure va se réaliser au travers de deux phénomènes : l’attirance vers l’humain et le traitement statistique des évènements. Plus son monde va être stable (rituels, répétitions), plus l’exploration sera sécurisée, et plus les modes de communication du bébé vont s’élargir.

sommeil






Les situations insécures, passent dans le cerveau par l’amygdale puis l’hypothalamus et déclenchent les hormones du stress. Elles sont gérées par le néocortex une fois adulte, mais son fonctionnement se bâtit dans l’enfance.

Dans les collectivités, la première source « d’angoisse » est généralement l’adaptation. Christine Schuhl et Josette Serres, nous donnent des idées pour sortir des automatismes, afin de ne pas être focalisé sur nos fiches-type. Préparer les supports à l’avance, ne pas s’attarder sur une « check-list », s’attacher aux détails que l’enfant aime sont des outils favorisant un accueil serein, raconter son enfant n’est ni facile ni anodin. Lorsque l’on sait qu’il faut 9 mois pour constituer une figure d’attachement, cela en dit long sur l’importance de la stabilité dans un lieu de vie petite enfance. Une adaptation qui n’est pas réduite pour les parents à passer 1H le premier jour dans la structure, est vouée à favoriser cette stabilité.02

Elles attirent également notre attention sur des moments de la journée où tout peut basculer. En fin de journée, les professionnels sont happés par les transmissions, le rangement, le ménage, l’enfant perd alors le contact physique et visuel de l’adulte, il ne peut plus se réguler et vit alors un chaos intérieur. Ranger avec les enfants, accueillir les parents ensemble sont des petites astuces pour ne pas perdre cette continuité.

Le nom des espaces, qu’attend-on d’un groupe de « ouistitis » ou de « guimauves » ? Qu’est-ce qu’un enfant perçoit de ce qui l’entoure si les pièces dans lesquelles il évolue possèdent des meubles centraux de plus de 70cm ? C’est là tout le concept de Josette Serres de « l’adulte phare » qui éclaire l’espace de l’enfant.

Il faut également veiller à ce qu’il y ait des jouets identiques, un camion rouge n’est pas un camion bleu...lorsque l’on craque sur un sac marron, on ne veut pas du gris !

Etiqueter les espaces de rangement peut aider à sa mise en œuvre, tout comme avoir suffisamment de jouets pour pouvoir être dans une réelle imitation (peut-on mettre une table pour 4 avec 2 couteaux et 3 assiettes ?).

Christine Schuhl et Josette Serres nous invitent également à penser le jeu « libre ». Cela n’a aucune signification pour l’enfant, qui pour lui, est libre de jouer. Tout comme la représentation de l’espace qui est pour l’adulte bien défini, la crèche est pour l’enfant un vaste terrain d’explorations. Les repères dans le temps se feront uniquement par la répétition et la redondance, tout comme la conscience d’autrui, il lui faudra avoir déjà vécu beaucoup de fois la scène pour comprendre que lorsqu’il monte le toboggan à l’envers il peut gêner celui qui veut descendre. L’enfant vit dans le moment PRÉSENT.

Plein de petits actes constituent des paramètres sécurisants ou angoissants, compréhensibles ou non dans le quotidien d’un petit enfant, mettre à tout prix du vert dans le sapin n’aura pas de sens si le jaune est très attirant, attendre pour manger alors que quelques petits camarades ont commencé leur repas et sans être occupé à autre chose est insoutenable, tout comme avoir une grosse faim même si le biberon du matin a été pris « tard » comme écrit sur le cahier de transmissions. Comment s’endormir dans un lit au milieu d’une pièce ? Sous l’œil d’un adulte un peu trop pesant ? Comment manger correctement si nos pieds ne touchent pas le sol?

repas

N'oublions pas que le meilleur accompagnement de l’enfant passera avant tout par l’observation et par la considération de ses capacités propres.

 

Christine Schuhl est polyvalente et intervient dans différents champs. Éducatrice de jeunes enfants de formation de base, puis montessorienne et diplômée d'études appliquées en Sciences de l'éducation. Elle est aussi aujourd’hui rédactrice en chef de la revue Les métiers de la petite enfance, elle anime des séminaires et des conférences destinés essentiellement aux professionnels de la petite enfance. Également conseillère pédagogique, elle travaille avec des équipes, à partir d'observations "participatives" et des groupes d'analyse des pratiques professionnelles. 

Josette Serres est docteure en psychologie du développement, ingénieure de Recherche au CNRS, spécialisée dans le développement cognitif du nourrisson. Elle est formatrice petite enfance et de nombreuses publications scientifiques.

Pour aller plus loin:

"Loczy ou le maternage insolite" Appell G, David M

"Au cœur des émotions de l'enfant" Filliozat I

"J'ai tout essayé" Filliozat I

"Heureux en crèche, un projet de coéducation parents-professionnels" Deroo A

"La cause des enfants" Dolto F

"Pour une enfance heureuse" Gueguen C

"Bien-traitance, un trait d'union à conquérir" 1001 BB n°135


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