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Cette autre histoire se poursuit jusqu'à la fin de l'album, la précédente est restée en suspend, après tout, c'est le privilège de l'auteur de tirer sur la ligne qui l'intéresse, d'explorer, parmi tous les possibles, l'histoire de son choix.

Si le mot Lignes dans le titre est au pluriel, ce n'est pas seulement parce que les courbes dessinées sur la glace sont nombreuses. C'est aussi de la ligne qui sépare réel et imaginaire dont il s'agit. Et peut-être la ligne d'horizon, sur un lac gelé.

lignes littérature enfantine

On est généralement surpris, à la première lecture, de cette rupture dans le récit, au point qu'on a du mal à interpréter l'image: Où est passé le personnage? Que se passe-t-il? Ah, cette forme, là, c'est une gomme? Ah oui, il y a le crayon, tout en haut à gauche de la page, nous sommes donc dans un dessin du dessin.

Pourtant, Suzy Lee ne nous a pas pris en traitre. Elle nous a donné des indices. Sur la couverture, déjà, elle a laissé son crayon, comme pour signaler sa présence. Et la page de garde, qui représente une feuille vide avec crayon et gomme soigneusement posés dessus annonce la couleur.

D'ailleurs, à bien y regarder, la jaquette de couverture est elle aussi traversé par une ligne à peine perceptible, entre papier glacé et papier gaufré. Personnage d'un côté, crayon de l'autre. Réel et imaginaire qui se côtoient.

Il me semble que cette frontière qu'explore ici l'autrice, n'est pas très éloignée de celle du miroir, qui lui a inspiré un autre album sans texte, en 2003.

diaspora*