La décision est prise sans besoin de concertation: Pour laisser l'arbuste s'épanouir, il faut fendre la table en deux. Et la vie reprend son cours, les vieux mangent désormais sur leur genoux, mais, l'illustration en atteste, ils sont toujours aussi serins, aussi paisibles, heureux. 

L'arbre grandit encore et bientôt c'est le toit de la cabane qui fait obstacle à son épanouissement. Toujours, les vieux vont choisir de faire primer le bien-être de leur "fils de bois" avant le leur. Toujours, ils semblent renoncer sans regret à leur confort au profit de l'arbre. Il y a des choses qui sont plus importantes qu'une table ou qu'un toit. Le temps continu de faire sa ronde et, quand on est vieux, on sait où ça mène, tout ce temps qui passe. Ce couple emprunte le chemin de la vie, vers son point final, avec une simplicité évidente.

Patrick Fischmann est conteur, et on entend vraiment sa voix de conteur en lisant l'album. Les mots semblent écrits pour être lu à voix haute. On connaît la grâce des illustrations de Martine Bourre. Comme dans "y'a une pie dans l'poirier" elle a ici travaillé en n'utilisant que quelques couleurs: le rouge, le vert de l'arbre, le papier kraft et surtout, le blanc de la page. La vie fourmille, le renard se balade, les oiseaux s’ébattent, on aperçoit dans la forêt une biche, un cerf. Aux côtés du couple, le chat blanc apporte une présence bienveillante, qui les suit au fil de tout l'album.

On est presque dans l'antithèse de "l'arbre généreux", un formidable album dont il faut absolument que je vous parle prochainement. Mais ici, point de nostalgie, ni de sentiment d'abandon, pas même de tristesse. L'arbre grandit et les vieux deviennent plus vieux, ainsi va la vie...