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Voilà des albums qui me mettent dans une position professionnelle inconfortable. Qui me mettent face à mes contradictions.

Voilà des albums que j'apprécie, que j'ai envie de lire à mes filles, que j'offre aux enfants des amis et pourtant, je ne les utilise pas dans mon travail. Pourquoi? Au fond, je ne pense pas qu'il y ait des sujets à éviter en littérature jeunesse, au contraire, on peut tout aborder. Alors?

J'avoue que je vais plus facilement vers des albums qui utilisent la métaphore, la poésie, des albums qui incitent l'enfant à penser les choses plutôt que des livres qui affirment.

Ici, l'affirmation est très forte. A la hauteur des injonctions qu'elle entend combattre sans doute. Peu de place aux doutes, peu de place à la contradiction quand on les lit. Du coup, même si à titre personnel j'adhère totalement à chaque mot écrit dans ces albums, j'ai du mal à les proposer dans le cadre de mon travail, qui prône la lecture plaisir, sans objectif d'apprentissage ni didactique. 

Pourtant, l'autre jour, un échange entre ma cadette (de 5 ans, donc) et une de ses copines m'a convaincue, une fois de plus, de la nécessité de ces albums.
 Elles étaient toutes les deux à la maison, ma fille sort "on n'est pas des poupées" et commence à le raconter, de mémoire, en montrant les images à sa copine. Et voilà que certaines phrases font un débat entre elles. Alors comme ça, on peut trouver que le rose c'est moche? Ou décider de ne pas avoir d'enfant plus tard? Se sauver soi même plutôt que d'attendre un improbable prince? Terrasser des dragons?

Ce livre qui me semblait peut être un peu trop enfermant s'est révélé être un formidable support d'échange entre elles. Je ne suis pas intervenue, je les écoutait en buvant mon café, elles avaient des discussions très riches, argumentées, elles s'appuyaient sur les magnifiques  illustrations pour étayer leur propos (bon, comme peuvent le faire des enfants de 5 ans, hein: "Mais si, regarde, le rose saucisse, c'est moche!" "ah mais là, regarde, elle porte un short rose et c'est joli quand même"etc).

Des livres qui donnent à penser donc. C'est quand même un de mes premiers critères pour choisir des albums. Tout cela ne m'aide pas à résoudre mes contradictions, je continuerais donc d'offrir ces livres à mes amis sans pour autant travailler avec, mais je serais curieuse d'avoir vos retours, en tant que parents ou que professionnels, sur ces albums.

Et pour aller plus loin, vous pouvez lire l'interview de Delphine Beauvois a l'ombre du grand arbre

Et les billets sur On n'est pas des poupées et On n'est pas des super-héros du tiroir à histoires

diaspora*