La peur est un sentiment ancré chez l’être humain et d’une manière générale, chez les êtres vivants. C’est avant tout une réaction afin de pérenniser la survie de l’espèce.
 

Yvonne Knibiehler fait un tour d’horizon historique de la peur, de la place de la famille et de la femme. Elle y point l’évolution de nos sociétés et ses conséquences sur la maternité. En bien ou en mal, là n’est pas la question.


La peur met en veille nos autres émotions et capacités, Patrick Ben Soussan en témoigne au début du livre lorsqu’il livre son expérience personnelle. Quand sa femme a accouché de leurs jumelles, l’une d’elle était au plus mal. Malgré son parcours et son expérience professionnelle, il est resté figé par la peur et ses connaissances sont restées inaccessibles.
Jusqu’au moment où tout cela est parvenu à se frayer un chemin jusqu’à la conscience, et il demanda à ce que la petite soit laissée près de sa mère -sur les propres conseils que lui-même donne -auprès de laquelle elle récupéra très vite.


Marcel Sanguet souligne ce fameux écart de bébé imaginaire, bébé idéal et bébé réel. Il assume le point de vue qu’un enfant docile et sage n’est pas preuve de réussite éducative. Quel parent aujourd’hui n’a pas la crainte d’entendre que son enfant est mal-élevé, malpoli ou encore enfant "roi" ? Et si on réfléchissait à cette fameuse « élévation » ?


La peur a ce paradoxe qu’elle nous inhibe et en même temps nous met en mouvement. Qui n’a jamais été paralysé à la vue d’une araignée, d’un serpent ou tout autre sensibilité ? Ou au contraire, fait un bond d’un mètre ou est parti en courant ? Elle « étreint, abat, excite, fait taire ».

Quelle est LA peur fondatrice de l’humanité ? La peur de l’abandon nous disent ces auteurs. L’abandon, cette perte de sentiment de continuité d’existence.

L’être humain la ressent tout petit, d’abord par les peurs innées et les réflexes dits archaïques (ont le réflexe de Moro et de préhension). Vous avez sans doute déjà vu, lorsque le petit bébé de quelques semaines lève très haut ses petits bras en l’air en dormant, c’est en fait car il pense qu’il est en train de tomber et essaie de se rattraper. La peur est donc présente en nous
dès la naissance. Ce réflexe, qui est celui de Moro, est en fait l’ébauche du sursaut, que l’on retrouvera chez le bébé plus grand lors d’un bruit inattendu.


Le bébé est en attente de familier ,de continuité, de « mêmeté d’être » de notre chère Dolto.

 

Michel Lemay va même plus loin, argumentant que la peur s’installe dès l’envie de conception (est-ce qu’on va y arriver ? Quand ? Sera-t-il en bonne santé ? L’accouchement ?).
L’arrivée de l’enfant renvoie à nos propres origines et réveille d’anciennes peurs et angoisses bien enfouies. Freud ira encore plus loin, fondant la première liée à l’accouchement, inscrite dans l’inconscient.


La peur peut aller loin et se développer jusqu’à l’angoisse. L’enfant connaîtra l’une des plus fortes angoisses aux alentours de 8 mois (bien que Patrick Ben Soussan la situe de plus en plus tôt, pouvant démarrer dès 5 mois). L’angoisse dite de séparation (le second organisateur psychique selon Spitz). Le bébé comprend que sa mère et lui sont en fait deux personnes et non une seule unie, ce qui va engendrait la peur de l’étranger, qui pourrait le séparer de ses figures d’attachement. Cette peur d’être séparé, qui au final fera grandir ce petit être (et sans doute ses parents) et lui faire gagner en autonomie et construction de soi.


Il y a les peurs innées et les peurs acquises : celle d’être dévoré, du père tout-puissant, du noir, du bruit, de la solitude, du monde… En deçà de l’inné et l’acquis il nous faut prendre en compte l’aspect historique et culturel que nous portons tous et qui modifie notre rapport à la peur. Selon les représentations culturelles, elle peut être vue comme une faiblesse, une lâcheté, voire avoir un sexe (je vous laisse deviner lequel…).


Elle représente une rupture d’équilibre qui menace la sécurité, mais qui est en fait constructive dans un environnement contenant.


L’enfant va défier ses peurs grâce à l’imaginaire, c’est ainsi qu’il jouera même à se faire peur, qu’il dévorera les livres du grand méchant loup et que ses personnages ou poupées auront une vie bien aventureuse. Les supports imagés sont très importants dans le développement de cet
imaginaire.


Je vous laisse lire le livre pour aller plus loin avec notamment l’expérience du petit Albert et du rat blanc de John Watson, les trois fondements et de la psyché de Platon, les neuf émotions reconnues aujourd’hui, l’origine phylogénétique trouvée par Bowlby et les six couples de comportements de Darwin. Bha oui, il ne faut pas tout vous dévoiler non plus  :)


Vous y trouverez aussi les références au Petit Prince, à Nietzsche, à Baudelaire, à Wallon, à Alice au Pays des Merveilles, à Sartre, à Stern, si, si je vous jure, tout ça dans le même livre.


Vous trouverez également en toute fin de livre une liste «la peur dans les albums pour les enfants de 0 à 6 ans ».


La peur nous poursuivra toute notre vie car « grandir c’est perdre…ça fait peur et c’est douloureux » et elle côtoie toujours la mort par la peur de mourir ou lorsqu’on meurt de peur…


Pour aller plus loin :

  • André.C « la peur des autres »
  • Ariès.P « l’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime »
  • Filliozat.I « au cœur des émotions de l’enfant »
  • Winnicott D.W « jeu et réalité »
  • Lasalle.H « peur et passion de grandir »

Patrick Ben Soussan est pédopsychiatre, responsable du département de psychologie clinique
de Marseille, directeur de trois collections : « 1001BB », « 1001 et + » et « L'ailleurs du
corps », ainsi que de deux revues Spirale, la grande aventure de Monsieur Bébé et Cancers &
psys.
Yvonne Knibiehler est une universitaire, essayiste, historienne et féministe française. 
Michel Lemay est un pédopsychiatre français et professeur émérite de psychiatrie de l'enfant
et de l'adolescent à la faculté de médecine de l’Université de Montréal.
Marcel Sanguet est psychologue clinicien et psychanalyste.