En tant que professionnel de la petite enfance, nous sommes souvent « la tête dans le guidon » et ne voyons plus l’essentiel. La notion de projet rend bien, prouve à nos chers partenaires financiers et institutionnels que nous faisons des choses. Mais… comme le souligne si bien Arnaud, qu’est-ce que l’enfant de 12 mois a comme intérêt à « plonger» en Italie en septembre, en Australie en décembre et en Laponie en juin alors que la notion d’hier et d’aujourd’hui n’est qu’un vaste flou ? Petit rappel que le temps précieux que l’on arrive à dégager serait plus utile à penser nos actions...

Un peu à la Carpe Diem, Arnaud nous rappelle d’être dans le moment présent, d’être en CONSIENCE. Le tout-petit se fiche de l’heure d’avant ou d’après, ce qui compte pour lui est le regard de l’adulte sur lui au moment présent.

« Si nous élevions les enfants autrement, le monde changerait », c’est dans cet adage de Françoise Dolto que l’auteur voit nos métiers, avec une vraie croyance en l’humanité et tous ces professionnels « artistes » du monde de demain…Il est bon de se rappeler cette belle image lorsque nous sommes noyés sous le poids de l’organisation ou des contraintes administratives et financières…

S’occuper de jeunes enfants ne se fait pas sans introspection, être bien dans son corps et dans sa tête est essentiel pour être un bon exemple pour les enfants. Nous ne choisissons pas ces métiers au hasard, le tout est de savoir pourquoi. Il faut prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres, tout comme il est difficile d’aimer autrui sans s’aimer d’abord. Notre vécu personnel peut venir parasiter les relations que l’on créées dans ces professions, il est dur de s’y pencher, de cerner la fonction réparatrice de cette voie mais il est nécessaire de l’identifier.

Les enfants sont-ils plus durs qu’avant ou les adultes plus en souffrance ? Socrate le disait déjà 400 ans avant Jésus-Christ !

À méditer...

S’il on part du principe qu’un enfant dans un environnement bienveillant est toujours « surprenant, altruiste et bon », on peut s’en servir d’indicateur d'ambiance dans nos structures. L’enfant naît coopérant et aimant mais son développement est immature, c'est notre accompagnement qui va lui permettre de s'élever...

L’enfant n’a pas pour objectif de base de pourrir la vie des adultes, mais il s’adapte à ses réactions. Le bébé qui jette son hochet 10 fois d’affilée ne se dit pas qu’il va vous rendre dingue mais il tente une expérience et vos réactions, si vous lui dîtes « d’accord ça te fait rire j’arrête » il le comprendra.

On ne demande à personne d’être parfait mais juste d'être AUTHENTIQUE, et de répondre aux vrais besoins. Il est différent d’être en autorité et d’être autoritaire. Il suffit souvent d’observer l’enfant, qui sait instinctivement ce qui est bon pour lui.

Le sens qui est donné aux actes et la sécurité ressentie conditionnent la capacité à se relever et protège la relation de soi et avec les autres.

Au-delà d’être un être de langage, l’enfant est un être d’émotions, lorsqu’il n’est pas entendu dans son vécu émotionnel (mouvements très forts en lui), son estime de lui en prend un sérieux coup.

Même sans mot, l’adulte est une référence pour l’enfant, il est comme une « caisse de résonnance ». l’enfant se construit dans notre regard, lâchons les étiquettes et préjugés.

Arnaud Deroo nous interpelle sur le « jeu libre », cela voudrait-il dire que le jeu peut être "non-libre" ? Donc emprisonné ? N'est-ce pas là pourtant la chose la plus naturelle pour un enfant? Comment gérer, pour un tout petit, le fait de voir cinq autres enfants aller en activité peinture et de s’entendre dire « toi ce sera demain » ? Tout comme le contact avec la nature... L'enfant doit-il dépendre de la frilosité de Catherine pour pouvoir respirer un peu d'air frais?

L’aménagement de l’espace est un élément clé dans une collectivité et peut avoir des conséquences sur toute l’ambiance d’un groupe. La position de l’adulte dans cet espace également: un adulte bougeant sans arrêt ou s’énervant ne pourra pas apporter de sérénité. CF l’adulte "phare" de Josette Serres.

On retrouve très souvent le mot AUTONOMIE dans les projets… là aussi il ne faut pas perdre de vue l’objectif, le « tu es grand » lorsque l’enfant ne se sent pas capable de faire quelque chose ne l’amènera à rien et n’assure pas sa sécurité psychique. L’enfant aura tout le temps de se servir tout seul en petits pois ou d'enlever ses chaussures lorsque sa sécurité sera effective, et il ira explorer le monde de lui-même. Sa sécurité affective passe aussi par le respect de son intimité, que ce soit dans l’affichage des informations aux yeux de tous ou un plan de change avec vue dégagée sur le couloir…

La méconnaissance de ce milieu par les politiques fait souffrir chaque année un peu plus le secteur, malgré le rapport GIAMPINO (que je vous invite à lire, lien dans « pour aller plus loin »). Les choses ne changent pas, et deviennent au contraire plus difficile. Il n’y a qu’à voir la mise en place de la PSU (Prestation de Service Unique ou Poussée Spontanée d’Urticaire selon notre cher auteur) mélange de calculs savants d'heures facturées ou "réelles" de taux d'encadrement et de ratio, la fin des contrats aidés… Cette absence de soutien rend d’autant plus compliquée l'envie de garder la niaque au quotidien. N’oublions pas de nous mobiliser… Arnaud Deroo l'illustre dans une jolie lettre au Président...

À cela s’ajoute la dévalorisation souvent rencontrée, il est bien connu que les professionnels petite enfance sont payés à jouer… Une assistante maternelle relate son expérience dans un dîner professionnel avec son mari, entre un jour où elle dit être assistante maternelle et un autre où elle se dit chercheuse en éducation. Le comportement de ses interlocuteurs a été complètement différent !

L’importance des MOTS employés… Arnaud nous raconte ce petit garçon qui se présente comme s’appelant « Louis-non », suite à une discussion avec ses parents, ils se rendent compte que c’est parce qu’ils passent beaucoup de temps à lui dire non en l’interpellant… « Il a été changé »: il a changé de peau ? Ne serait-ce pas ses vêtements qui ont été changés ? Le matin, si au lieu de retrouver « les galopins » nous retrouvions Pierre, Léïla, Monique et Sophie ?

Si nous habituons les parents à entendre "il a fait telle activité" ou "tant de pipis", il faut s’attendre à ce qu’ils soient en demande par la suite. « Qu’est-ce qu’il a particulièrement aimé aujourd’hui ? » nous permettrait de sortir de cette routine que devient parfois la transmission…

Des petits rappels :

  • « Attention, doucement, tu vas tomber, je te l’avais dit, et bien voilà ! » ne servent à rien !!
  • Il faut 21 jours pour changer une habitude
  • Quel sens ont les fêtes, et les cadeaux qui en découlent, en collectivité ?
  • "Ne pas" entraine systématiquement du négatif
  • On se construit dans la joie et non dans la peur…


Travailler avec de jeunes enfants n’est pas simple, nombreuses contraintes sont à prendre en compte, mais c’est aussi l’un des plus beaux métiers du monde, il n’y a qu’à se plonger dans leurs regards pour s’en souvenir… (et s'inspirer de la "posologie pour être un professionnel petite-enfance heureux élaborée par Arnaud).


Arnaud Deroo est éducateur jeunes enfants, responsable d'un service petite enfance à Lambersart, consultant en éducation, formateur, avec comme bases de travail l'analyse transactionnelle, la communication non-violente, la gestion mentale, la bien-traitance. Il anime de nombreuses conférences et de nombreux ateliers parents et est auteur de plusieurs ouvrages ainsi que d'une chronique. Il a également mis en place une troupe de théâtre amateur, avec des spectacles-débat autour de la relation parent-enfant.


Pour aller plus loin:

http://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/wp-content/uploads/2016/05/Rapport-Giampino-vf.pdf

"Loczy ou le maternage insolite" Appell G, David M

"Au cœur des émotions de l'enfant" Filliozat I

"J'ai tout essayé" Filliozat I

"Heureux en crèche, un projet de coéducation parents-professionnels" Deroo A

"La cause des enfants" Dolto F

"Pour une enfance heureuse" Gueguen C

"Bien-traitance, un trait d'union à conquérir" 1001 BB n°135

 

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