Cavale est un étrange petit être, tout en jambes (dix au moins!). En permanence, il court. Il ne court pas derrière le bonheur, ni la fortune, ni un objectif quelconque. Il court devant. Il fuit. Il sait que Fin est à ses trousses, et cela depuis toujours.

Il a déjà fait maintes fois le tour de la terre, sans jamais vraiment la voir.

Un jour, dans sa course folle, il se heurte à Montagne. Elle est d'une immobilité de marbre. Elle ne reste pas ainsi immobile par paraisse, ni par gout pour la contemplation. Elle se cache. Elle sait que Fin la recherche. Et cela depuis toujours.

Tout les oppose, tout les rassemble, il faudra deux fois mille ans à ces deux là pour trouver le rythme commun. Enfin à l'unisson, ils découvrent ensemble le bonheur d'être dans le monde, sans fuir ni se cacher. Alors l'amour s'invite et un petit être arrive. Cavale et Montagne décident de le baptiser Maintenant. C'est ce petit bonhomme de la couverture. Il est aveuglé par le chapeau de son père, il semble partager l'immobilité de sa mère, mais y a une grande force dans sa posture, on devine en lui un petit quelque chose de Kirikou.
Plus que de la peur ou de la mort, tout das cet album nous parle de notre rapport au temps.

Le séquençage même du livre, avec parfois une alternance entre les pages de texte et celles d'image, qui nous incitent à prendre le temps pour regarder, décrypter, ce qui est montré.

La mise en page aussi avec des vignettes, des images cadrées et d'autres à fond perdu, qui nous incitent à modifier notre rythme de lecture.

Les illustrations de Rebecca Dautremer se situent volontairement hors du temps, intemporelles, entre autre grâce à l'utilisation de tons sépias qui évoquent de vieilles photographies.

Elles se situent volontairement du coté du symbolique plutôt que du démonstratif, tout comme le texte.

L'ensemble peut donc rester mystérieux pour les enfants, j'en ai vu plusieurs écouter en silence, parfois à plusieurs reprises, cet album qui est pourtant long. Qu'en ont-ils pensé? Que va-t-il en rester? Ah, fichu droit du lecteur, ils ne m'ont pas livré leurs impressions. Mais je ne doute pas qu'ils en soient sortis grandis, et qu'ils y aient puisé des éléments de réflexion.

Un album qui a émerveillé aussi Pépita