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"Vous n'avez pas besoin d'un chat, vous m'avez ,moi" affirme John sur cette page, alors que, sous sa chaise, les souris gambadent

C'est alors que l'âne bâté l'a réédité. Alors là, je suis obligée de préciser que je ne connais pas personnellement cet éditeur et qu'il ne m'a offert aucun pot de vin, tellement je vais encenser son travail.
D'abord il y a ce début magnifique. "Le mari de Rose était mort depuis longtemps." Cette phrase qui ouvre l'album, qui est tellement importante dans l'histoire, parce qu'elle explique le caractère fusionnel de Rose et son chien, parce que l'absence du mari va être palpable dans tout l'album sans qu'il n'y soit plus jamais fait allusion, cette phrase donc, se pose sur une page blanche.
Comment expliquer de façon plus pertinente aux enfants ce qu'est la mort? Un vide, rien d'autre.
Et sur la page de gauche, la suite, comme une évidence: "Maintenant, elle vivait seule avec son chien. Il s'appelait John Brown." L'image dans une vignette toute en rondeur, montre Rose et John qui regardent l'un vers l'autre, ils ne font qu'un. A la miche de pain sur la table, à la gamelle aux pieds du chien on devine que Rose a auprès de John une fonction maternelle/nourricière.
La simplicité et l’évidence de cette mise en page suffisent à provoquer des frissons quand je lis cet album à voix haute.
Pendant quelques pages, la vie s'égraine, paisible, au rythme des saisons, pour la vieille dame et son chien. On ne sait pas très bien le quel des deux veille sur l'autre, ils ont une relation pleine de tendresse qui peut aussi être celle d'un vieux couple.
Et puis un jour, Rose voit un chat par la fenêtre. John, lui, ne voit rien. D'ailleurs, il détourne la tête. Pour la première fois, on les voit séparés par la charnière de la page. Le portrait du défunt mari, au centre de l'image, semble arbitrer la scène.
Rose insiste, elle veut donner du lait au chat. Dans cette nouvelle édition, au grand format carré, les couleurs ont retrouvé leur éclat. Et l’œil attentif du bambin à qui on lit l'album peut alors repérer la silhouette du félin, sur le poirier, devant la maison.
John est inquiet. Il a peur de perdre se place, dans le cœur de Rose.
Ce que j'aime infiniment dans ce livre, c'est qu'il laisse l'enfant (et l'adulte d'ailleurs) qui le lit libre de son interprétation. Si John et Rose sont un vieux couple, alors le chat serait l'enfant, qui vient bouleverser l'équilibre établit par sa naissance? Si Rose est maternelle, alors le chat serait le cadet, celui qui menace par sa seule présence la place de l’aîné? Et chaque lecteur peut s'identifier tour à tour aux différents personnages: celle qui ouvre son cœur, celui qui craint d'être évincé, celui qui cherche sa place.
Le travail des auteurs est d'une grande qualité, très pensé et riche. Le travail de l'éditeur est à la hauteur. La place du texte dans la page varie en fonction de l'histoire. Le papier d'un blanc crémeux est épais et agréable. Même la quatrième de couverture est belle.
Un livre qui à mes yeux est indispensable dans la bibliothèque d'un enfant (en crèche il a toute sa place en section de grands)
diaspora*